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Initiative sur les soins infirmiers : le Conseil national affaiblit une réforme pourtant urgente

Le Conseil national a affaibli plusieurs mesures clés de l’initiative sur les soins infirmiers, pourtant acceptée par le peuple en 2021.
May 3, 2026
4 min de lecture

En 2021, le peuple suisse a accepté l’initiative pour des soins infirmiers forts. Le message était clair : notre système de santé ne peut pas continuer à fonctionner durablement sur l’épuisement du personnel soignant.

Trois ans plus tard, alors que la pénurie s’aggrave, que les équipes sont sous pression et que de nombreux professionnels quittent la profession, le Conseil national vient pourtant d’affaiblir plusieurs mesures centrales du deuxième volet de mise en œuvre de cette initiative.

Ce deuxième volet devait précisément répondre à l’un des problèmes les plus urgents du secteur : les conditions de travail.

Et c’est là que le bât blesse.

Un signal difficile à comprendre pour les soignants

Le Conseil national a refusé de réduire la durée maximale hebdomadaire du travail de 50 à 45 heures pour le personnel infirmier. Il a également refusé d’améliorer de manière significative la compensation du travail effectué le dimanche et les jours fériés, en la maintenant à 25% au lieu des 50% proposés par le Conseil fédéral.

Quelques avancées existent malgré tout : les changements de planning devront être annoncés au moins quatre semaines à l’avance, contre deux jusqu’ici, faute de quoi une compensation sera prévue. Les pauses café devraient également être reconnues comme du temps de travail rémunéré.

Mais pour beaucoup de soignantes et de soignants, ces ajustements ne suffisent pas.

Ils ne répondent pas à la réalité vécue sur le terrain : des horaires lourds, des changements de planning fréquents, une charge mentale permanente, un manque chronique de personnel et une pression quotidienne qui finit par user les équipes.

La pénurie n’est pas une fatalité. Elle est aussi le résultat d’un système.

L’un des arguments avancés contre l’amélioration des conditions de travail est connu : réduire la charge ou mieux compenser certaines heures nécessiterait davantage de personnel, alors que ce personnel manque déjà.

Mais c’est précisément là que le raisonnement devient circulaire.

Si le personnel manque, c’est aussi parce que les conditions de travail poussent de nombreuses personnes à quitter la profession. Parce que les horaires sont trop intenses. Parce que les temps de repos sont insuffisants. Parce que la conciliation entre vie professionnelle et vie privée devient trop difficile. Parce que la vocation, aussi forte soit-elle, ne suffit plus à compenser l’épuisement.

Comme l’a rappelé Brigitte Crottaz, conseillère nationale socialiste vaudoise :
« D’ici 2029, il manquera des dizaines de milliers d’infirmières et infirmiers dans notre pays. »

Ce chiffre devrait nous alerter collectivement.

On ne peut pas répondre à une pénurie en maintenant les conditions qui l’aggravent. On ne peut pas demander aux jeunes générations de rejoindre massivement les métiers du soin tout en leur envoyant le signal que leur qualité de vie restera secondaire. Et on ne peut pas construire un système de santé solide en faisant reposer son fonctionnement sur l’épuisement de celles et ceux qui le font vivre.

Les soignants ne demandent pas des privilèges

Le débat est parfois présenté comme une opposition entre conditions de travail et maîtrise des coûts. Comme s’il fallait choisir entre mieux traiter les soignants et préserver le système.

Mais cette opposition est trompeuse.

Améliorer la qualité de vie du personnel soignant, ce n’est pas accorder un privilège. C’est protéger une ressource vitale du système de santé.

Des équipes épuisées, sous-dotées et constamment réorganisées au dernier moment ne peuvent pas offrir durablement les meilleurs soins. La fatigue augmente les risques d’erreurs. Le manque de repos fragilise la santé des professionnels. Les plannings imprévisibles pèsent sur la vie personnelle, la parentalité, la santé mentale et l’engagement à long terme.

À l’inverse, des conditions de travail plus humaines favorisent la rétention, l’attractivité du métier, la stabilité des équipes et, in fine, la qualité des soins.

Le coût de l’inaction est souvent moins visible à court terme. Mais il est immense : absentéisme, turnover, recours à du personnel temporaire, perte d’expertise, tensions internes, baisse de la qualité des soins et découragement des équipes.

La planification est un levier central

Dans ce débat, la question de la planification est essentielle.

Les horaires ne sont pas un simple détail administratif. Ils structurent la vie des soignants. Ils influencent leur fatigue, leur récupération, leur vie familiale, leur sentiment d’équité et leur capacité à tenir dans la durée.

Un planning peut être légal, mais profondément injuste.
Il peut être complet, mais destructeur pour l’équipe.
Il peut couvrir les besoins sur le papier, tout en générant de l’épuisement, des frustrations et des départs.

C’est pourquoi la planification doit évoluer.

Elle doit devenir plus prévisible, plus transparente et plus équitable. Elle doit mieux tenir compte des contraintes légales, des besoins des patients, des compétences nécessaires, mais aussi des réalités humaines des équipes.

Cela ne veut pas dire rigidifier le système au point de le rendre ingérable. Cela veut dire mieux organiser, mieux anticiper et mieux répartir les contraintes.

Les changements de dernière minute doivent rester l’exception, pas la norme. Les efforts doivent être visibles. Les compromis doivent être reconnus. Les week-ends, les nuits, les jours fériés et les horaires difficiles doivent être répartis de manière juste dans le temps.

Respecter les soignants, c’est aussi respecter la volonté populaire

L’initiative sur les soins infirmiers a été acceptée par le peuple en 2021. Elle ne portait pas uniquement sur la formation. Elle portait aussi sur la nécessité de rendre les métiers du soin soutenables.

Le message envoyé par les près de 60% de votantes et votants qui ont accepté l’initiative était clair : la situation ne peut plus continuer ainsi. Ce message a encore été renforcé récemment par les 190’000 signatures remises à Berne par le personnel soignant et ses soutiens, demandant une mise en œuvre immédiate et intégrale de l’initiative.

Dans les hôpitaux, les EMS, les cliniques et les services d’aide et de soins à domicile, les équipes sont déjà sous pression. Et lorsque les soignants disent qu’ils ne se sentent pas entendus, ce n’est pas une posture politique. C’est le reflet d’une réalité quotidienne.

La qualité des soins dépend directement de la qualité de vie de celles et ceux qui soignent.

Il est temps de changer de logique

Pendant trop longtemps, le système a reposé sur l’idée implicite que les soignants allaient tenir. Par vocation. Par sens du devoir. Par solidarité avec leurs collègues. Par loyauté envers les patients.

Mais cette logique atteint ses limites.

Les jeunes générations ne veulent plus sacrifier leur santé pour exercer un métier pourtant essentiel. Et les professionnels expérimentés ne peuvent pas indéfiniment absorber les failles d’un système sous tension.

Améliorer les conditions de travail du personnel soignant n’est donc pas un luxe. Ce n’est pas une revendication secondaire. Ce n’est pas une dépense de confort.

C’est une urgence sanitaire, sociale et organisationnelle.

Chez Healio, nous sommes convaincus que l’avenir des soins passera aussi par une meilleure manière d’organiser le travail : plus humaine, plus équitable, plus collaborative et mieux adaptée aux réalités du terrain.

Parce qu’un système de santé fort ne se construit pas seulement avec des infrastructures, des financements et des technologies.

Il se construit d’abord avec des femmes et des hommes capables de soigner sans s’épuiser.

Et aujourd’hui, ils méritent mieux que des demi-mesures.

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